CAMPS DE CONCENTRATION NAZIS

CAMPS DE CONCENTRATION NAZIS

1940 CAMP DE THERESIENSTADT 1945

1940 CAMP DE THERESIENSTADT 1945

 

 

Le camp de concentration de Theresienstadt a été mis en place par la Gestapo dans la forteresse et ville de garnison de Terezín (en allemand Theresienstadt), aujourd'hui en République tchèque.

Entrée de la cour 1 de la prison, dans la petite forteresse de Theresienstadt

Le 10 juin 1940, la Gestapo prend le contrôle de Theresienstadt et installe une prison dans la Kleine Festung (petite forteresse). Le 24 novembre 1941, le site est transformé en ghetto muré, ayant pour objet de fournir une façade cachant l'opération d'extermination des Juifs, sous l'impulsion du chef des SS, Reinhard Heydrich. Pour le monde extérieur, Theresienstadt est présenté par les nazis comme une colonie juive modèle. Mais à l'intérieur, il s'agit d'un camp de concentration. Un grand nombre de Juifs provenant de Tchécoslovaquie, environ 7 000, sont notamment enfermés à Theresienstadt. Le site est aussi utilisé comme camp de transit pour les Juifs acheminés vers Auschwitz et les autres camps d'extermination.

L'entrée du camp

Le 3 mai 1945, le contrôle du camp est transféré par les Allemands à la Croix-Rouge. L'Armée rouge pénètre à Theresienstadt quelques jours plus tard, le 8 mai 1945.

La fonction de Theresienstadt évolue rapidement après que Joseph Goebbels et Reinhard Heydrich prennent conscience que la disparition de certains Juifs renommés, ou Prominenten, (artistes, savants, décorés ou mutilés de la Première Guerre mondiale) ne manquerait pas de susciter des questions quant au sort réservé au peuple juif tout entier. C’est le 20 janvier 1942, lors de la conférence de Wannsee, que le double-statut de Theresienstadt camp de transit pour les Juifs du Protectorat de Bohême-Moravie et ghetto pour les Juifs du Reich âgés de plus de 65 ans (Ältersghetto), où ils pourront s’éteindre d’eux-mêmes, et pour les Prominenten est officialisé. À partir de 1943, il renferme aussi les « cas particuliers des lois de Nuremberg (mariages mixtes, « demi-Juifs issus d’un parent non juif). Le camp de Theresienstadt où la correspondance écrite (courrier) avec l’extérieur sera encouragée tout en étant rigoureusement surveillée, voire manipulée est donc conçu par Heydrich pour répondre aux interrogations de l’opinion publique sur le traitement des Juifs dans les camps.

VueD'une partie des fortifications de Terezin (la petite forteresse), avec la cour de la prison de la Gestapo mai 1945

La communauté de Theresienstadt veille à ce que tous les enfants poursuivent leur scolarité: des classes quotidiennes et des activités sportives sont organisées, le magazine Vedem est publié. 15 000 enfants bénéficient de ces mesures. Parmi ceux-ci, à peine 1 100 étaient encore en vie à la fin de la guerre. D'autres estimations font état d'à peine 150 enfants survivants.

Juifs allemands, portant des pièces de tissu identificatrices, avant leur déportation vers Theresienstadt. Wiesbaden, Allemagne, août 1942.

Les conditions de vie à Theresienstadt sont extrêmement difficiles. Sur une superficie qui accueillait jusque-là 7 000 Tchèques, environ 50 000 Juifs sont rassemblés. La nourriture est rare: en 1942, environ 16 000 personnes meurent de faim ; parmi elles, Esther Adolphine, une sœur de Sigmund Freud, qui décède le 29 septembre 1942.

En 1943, 500 Juifs du Danemark sont déportés à Theresienstadt, après avoir failli s'enfuir en Suède à l'arrivée des nazis. Cette arrivée de Danois aura une conséquence importante : le gouvernement danois insiste en effet pour que la Croix-Rouge ait accès au ghetto, à l'inverse de la plupart des gouvernements européens qui ne s'occupent guère du traitement réservé à leurs citoyens juifs.

UN INSTRUMENT DE PROPAGANDE

Les nazis autorisent la visite de la Croix-Rouge pour faire pièce aux rumeurs à propos des camps d'extermination. Pour minimiser l'apparence de surpopulation, un grand nombre de Juifs sont déportés à Auschwitz. De faux magasins et cafés sont construits pour donner l'impression d'un confort relatif. Les Danois à qui la Croix-Rouge rend visite sont installés dans des pièces fraîchement repeintes. Jamais plus de trois personnes y vivent. Les invités assistent à la représentation d'un opéra pour enfants, Brundibar.

Rue du getto de Theresientadt. Arrivée d'un convoi de Juifs hollandais février 1944.

La supercherie des nazis est un tel succès qu'un film de propagande est tourné (Der Führer schenkt den Juden eine Stadt - Le Führer donne une ville aux Juifs). Le tournage démarre le 26 février 1944 sous la direction de Kurt Gerron, un réalisateur, artiste de cabaret et acteur, qui était apparu avec Marlene Dietrich dans L'Ange bleu. On y voit notamment le chef d'orchestre déporté Karel Ancerl y diriger une œuvre du compositeur Pavel Haas, déporté lui aussi. Après le film, la plupart des acteurs et des membres de l'équipe, y compris le réalisateur, sont déportés à Auschwitz. Gerron et sa femme sont gazés le 28 octobre 1944. Le film n'a jamais été diffusé à l'époque, mais découpé en petits morceaux destinés à la propagande ; seuls quelques fragments subsistent aujourd'hui. Souvent intitulé Le Führer donne un village aux Juifs, son titre est en fait Theresienstadt. Ein Dokumentarfilm aus dem jüdischen Siedlungsgebiet.

Un groupe de prisonniers politiques tchèques devant l'infirmerie de Terezin en 1941.

Environ 144 000 personnes ont été déportées à Theresienstadt. Un quart d'entre elles, 33 000, moururent sur place, principalement à cause des conditions de vie (famine, maladies, épidémie de typhus à la fin de la guerre). 88 000 Juifs furent déportés à Auschwitz et dans les autres camps d'extermination. À la fin de la guerre, on dénombrait à peine 19 000 survivants.


13/04/2013
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1941 CAMP DE ROYALLIEU 1944

1941 CAMP DE ROYALLIEU 1944

 

Le camp de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne (Oise) en France était un camp de transit et d'internement nazi, ouvert de juin 1941 à août 1944.

Baraques du camp.

La publication, en 2008, de la première étude historique réalisée sur le camp d'internement de Royallieu, a enfin permis d'établir et de faire connaître son histoire. Jusqu'ici peu connu, ce camp fut pourtant l'un des plus importants rouages du système totalitaire et génocidaire sur le sol français pendant la guerre.

Plus de 54 000 résistants, militants syndicaux et politiques, civils raflés, Juifs y ont été interné. 50 000 d'entre eux ont été déportés dans les camps de concentration et d'extermination d'Auschwitz, Ravensbrück, Buchenwald, Dachau, Sachsenhausen, Mauthausen, Neuengamme. Le Frontstalag 122 s'est caractérisé notamment par l'internement et la déportation des politiques et personnalités otages: communistes, syndicalistes, résistants et civils. Le camp C, ou le camp juif, tenu au secret, était déjà, vu les conditions d'internement qui y régnaient, un lieu d'extermination par la faim et la maladie.

TYPE DE DÉTENUS

Communistes, syndicalistes. Résistants, civils, juifs

APRÈS LA GUERRE

Devenu quartier Royallieu après la guerre, ce camp a servi de centre d'instruction (CI) de l'Armée de l'Air pour les appelés du contingent dans la fin des années 1950 et au-delà. Formé au combat militaire terrestre en 60 à 70 jours, chaque contingent d'appelés d'environ 1 000 recrues par trimestre quittait ce centre d'entraînement à l'issue de la formation. Les appelés de chaque contingent étaient alors dispersés dans les diverses bases aériennes (BA) tant en France qu'en Algérie. Le présentateur de télévision Michel Drucker y a fait son service national. Il a ensuite hébergé le 58e régiment de commandement et de transmissions dans les années 1970 et le 51e régiment de transmissions dans les années 1980.

LIEU DE MÉMOIRE

L'Armée se retirant, un Mémorial de l'internement et de la déportation a pu être créé dans les trois bâtiments conservés du site. Il a été inauguré et ouvert au public le samedi 23 février 2008. De plus, un chantier est mis en œuvre à proximité des voies de la gare de Compiègne, présentant deux wagons de déportation d'époque.

Devenu quartier Royallieu après la guerre, ce camp a servi de centre d'instruction (CI) de l'Armée de l'Air pour les appelés du contingent dans la fin des années 1950 et au-delà. Formé au combat militaire terrestre en 60 à 70 jours, chaque contingent d'appelés d'environ 1 000 recrues par trimestre quittait ce centre d'entraînement à l'issue de la formation. Les appelés de chaque contingent étaient alors dispersés dans les diverses bases aériennes (BA) tant en France qu'en Algérie. Le présentateur de télévision Michel Drucker y a fait son service national. Il a ensuite hébergé le 58e régiment de commandement et de transmissions dans les années 1970 et le 51e régiment de transmissions dans les années 1980.

LIEU DE MÉMOIRE

L'Armée se retirant, un Mémorial de l'internement et de la déportation a pu être créé dans les trois bâtiments conservés du site. Il a été inauguré et ouvert au public le samedi 23 février 2008. De plus, un chantier est mis en œuvre à proximité des voies de la gare de Compiègne, présentant deux wagons de déportation d'époque.

André Verchuren et Jean-Charles Millet furent déportés dans le train de la mort. Ville de départ : Compiègne, destination : camp de concentration de Dachau, le 2 juillet 1944. Dans ce train portant le numéro 7909, dans des conditions dantesques, 2 500 hommes furent transportés dans 44 wagons à bestiaux. 1 632 prisonniers survécurent à ce terrible voyage. Sous une chaleur caniculaire, sans eau, asphyxiés, beaucoup de déportés furent pris d'une folie meurtrière, s'entretuant. Arrivé à destination, on dénombra plus de cinq cents morts.

Pierre Masse a été interné au camp de décembre 1941 à mars 1942. Il y a organisé un système judiciaire.


13/04/2013
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1942 Camp de regroupement de MalinesB1945

CAMPS DE TRANSIT

1942 CAMP DE REGROUPEMENT DE MALINES 1945

 

Le camp de transit de l'ancienne caserne Lieutenant-Général Dossin de Saint-Georges à Malines (Mechelen en néerlandais, Mecheln en allemand), en Belgique, fut ouvert par les Allemands le 27 juillet 1942 pour concentrer les Juifs de Belgique en vue de leur déportation vers les camps de la mort. En allemand: SS Juden Sammellager Mecheln. Le mois précédent en juin, tous les Juifs devaient porter l'étoile jaune et des milliers d'entre eux raflés et envoyés au travail forcé pour l'organisation Todt. Puis Heinrich Himmler fixa pour la Belgique un quota de 10 000 Juifs à déporter vers les camps d'extermination, ce qui entraina la police de sécurité à installer ce camp de transit.

La cour intérieure du SS Juden Sammellager Mecheln

Il était situé entre les deux plus grandes concentrations de Juifs en Belgique (Anvers et Bruxelles) et était idéalement relié au réseau dense des chemins de fer belges. Au total, 24916 Juifs de Belgique (soit 44 % de ceux résidant dans le pays) et 351 tziganes transiteront par Malines pour être déportés vers Auschwitz. Il faut y ajouter 520 juifs du Nord-Pas-de-Calais victimes de la rafle du 11 septembre 1942.

CONDITION DE VIE

La caserne Dossin était un camp de transit : on n'y passait en général que quelques jours en attendant la formation d'un nouveau convoi ; certains individus y ont séjourné néanmoins plusieurs semaines. Les conditions de vie y étaient rudes, les détenus étant brusquement plongés dans la complète incertitude. Les biens étaient confisqués, les pièces d'identité enlevées. Chaque prisonnier était muni d'une carte en carton portée autour du cou avec une ficelle contenant les détails suivants: n° personnel, date de naissance et n° du transport désigné. Les conditions hygiéniques y étaient mauvaises, surtout à cause de sa surpopulation à partir de 1943. Il est néanmoins difficile de faire des généralités au sujet des conditions de vie, tant est particulier le vécu des différentes familles qui y ont transité. Paul Sobol (né en 1926) se souvient de ces jours du mois de juillet 1944 durant lesquels il est emprisonné avec quatre autres membres de sa famille : La caserne Dossin est notre prison : nous sommes privés de liberté, mais pas brutalisés. À la caserne Dossin, il y a un règlement que nous devons suivre à la lettre. Une organisation très germanique : réveil avec le soleil, appel dans la cour (réunis par chambrée), puis distribution de café et de pain. Dans la chambrée, nous sommes une trentaine de personnes de tous âges, dont plusieurs familles. Très vite, mon père, grâce à son dynamisme naturel, prend les choses en main. Il devient responsable de la chambrée. Devant les autorités de la caserne, c'est lui qui distribue le pain et la soupe, qui est, par ailleurs, relativement bonne. De nombreuses familles reçoivent des colis de vivres de l'extérieur et tout est mis en commun dans notre chambrée.

Le 15 juillet 1942, la Militärverwaltung charge le SS-Sturmbannführer, Philipp Schmitt de sa mise sur pied. Une vingtaine de SS allemands et par la suite flamands encadrent le camp sous les ordres du SS-Hauptsturmführer, Rudolf Steckmann, l'adjoint de Schmitt. Le personnel était constitué de SS allemands et par la suite de SS flamands. À partir d'octobre 1942, un contingent de 25 hommes de la Flamisch Wachzug remplacera la Wehrmacht pour la surveillance extérieure du camp. En mars 1943 tandis que Schmitt et Steckmann sont écartés suite à leurs exactions, ils sont remplacés par le SS-sturmscharführer Johannes Frank de la Judenabteilung. Il fut à l'origine d'un certain assouplissement des conditions de détention au sein de la caserne. En revanche, Max Boden reste en charge de l'accueil des arrivants (l'aufnahme) ainsi que l'expert-comptable Erich Krull qui sera à son tour limogé en septembre 1943 suite à ses actes de spoliation. Au total, 24 916 juifs transitèrent par le camp, ils représentent 44% de la population juive vivant sur le territoire belge, seules 1 203 personnes survécurent à la déportation.

MUSÉE

Entrée actuelle de l'ancienne caserne Dossin


12/04/2013
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1941Camp de Drancy 1944

1941CAMP DE DRANCY 1944

 

D'août 1941 à août 1944, le camp d'internement de Drancy ou camp de Drancy a été la plaque tournante de la politique de déportation antisémite en France. Situé au nord-est de Paris, dans la ville de Drancy (alors département Seine, aujourd'hui Seine-Saint-Denis), ce camp a été pendant trois ans le principal lieu d'internement avant déportation depuis la gare du Bourget (1942-1943) puis la gare de Bobigny (1943-1944) vers les camps d'extermination nazis; pour la majorité des convois ce fut pour Auschwitz. Neuf Juifs déportés de France sur dix passèrent par le camp de Drancy lors de la Shoah.

Le camp de Drancy 1941

UN CAMP FONCTIONEL

Le camp d'internement de Drancy a été installé en octobre 1939, dans un vaste bâtiment en (U) du quartier d'habitation HBM, dite la cité de la Muette, conçu par les architectes Marcel Lods et Eugène Beaudouin. Celle-ci, construite entre 1931 et 1934, comportait en outre, cinq tours de quinze étages chacune, ainsi que plusieurs bâtiments sous forme de barres implantées en peigne, composées de trois et quatre étages.

L'édifice dans lequel le camp fut établi, était en cours de construction (seul le gros œuvre était achevé). Comportant quatre étages, il était bâti autour d'une cour d'environ 200 mètres de long et 40 mètres de large. La forme du bâtiment, surnommé le Fer à cheval, se prêta facilement à sa transformation en camp d'internement : des miradors furent installés aux quatre coins de la bâtisse, dès lors entourée de barbelés, tandis que le sol de la vaste cour fut tapissé de mâchefer.

Le bâtiment en U et les tours, ainsi que certains terrains attenants, sont réquisitionnés par l'Armée allemande le 14 juin 1940, afin de servir de lieu d'internement pour des prisonniers de guerre français, puis des civils yougoslaves et grecs, suivis par des prisonniers de guerre britanniques.

Un document est délivré le 24 janvier 1941, faisant état de la réquisition pour les besoins des troupes d'occupation allemandes de la caserne républicaine de Drancy et de tous les biens mobiliers et immobiliers. Dans la même note, l'adjoint du commandant du Frontstalag III, camp qui se trouve dans ces casernes, signale qu'il n'y a pas eu de réquisition par écrit des casernes en question, mais que toutes les conventions ont été faites verbalement entre le service central des cantonnements de l'Armée à Paris et le Préfet de la Seine. Les logements des officiers de la caserne de Drancy sont remis à leur disposition le 15 octobre 1941.

Drancy va devenir un des principaux camps d'internement de Juifs en zone occupée en France, avec le camp de Royallieu à Compiègne (Oise), celui de Pithiviers (Loiret) et celui de Beaune-la-Rolande (Loiret).

UN CENTRE DE DÉPORTATION

Rafle de Juifs à Paris - 20 août 1941

Du 20 au 24 août 1941, une grande rafle a lieu à Paris. Cette rafle est d'abord menée, le 20 août, dans le 11e arrondissement, puis étendue, le 21, aux 10e, 18e, 19e et 20e arrondissements. Le 22, s'ajoutent les 3e, 4e et 12e arrondissements et le 23, les 1er, 5e, 6e, 9e, 13e, et 17. Elle continue le 24 août. Lors de cette rafle, la police française collaborant avec la Feldgendarmerie allemande, arrête tous les Juifs hommes exclusivement français et étrangers de 18 à 50 ans. 4 232 personnes (sur les 5 784 personnes que prévoyaient les listes) sont arrêtées et emprisonnées à Drancy, dans la cité de la Muette devenue camp d'internement de Juifs. Elle est désormais identifiée sous le nom de camp de Drancy.

Le camp d'internement de Drancy en août 1941.

Le camp est d'abord un lieu d'internement, dans des conditions délibérément durcies la famine entraîne rapidement la dysenterie, une partie des gendarmes français brutalisent les internés et multiplient les sanctions arbitraires et humiliations (tontes des cheveux, amendes), etc.

En novembre 1941, 800 internés malades sont libérés. Cette libération se fit pendant l'absence de plusieurs semaines de Theodor Dannecker (chef de la Gestapo à Paris) : le principe de la libération d'autres grands malades était acquis et 150 sur 300 prévus en profitèrent jusqu'au 12 novembre. Au total 1200 internés déficients furent libérés.

Jusqu'en mars 1942, le camp sert de réservoir d'otages de représailles. Les prisonniers sont affamés – une douzaine d'internés sont morts de faim entre août et novembre 1941. Le 14 décembre 1941, 47 internés de Drancy sont emmenés au Mont-Valérien où ils sont fusillés le lendemain avec d'autres otages, des communistes.

Arrivée des Juifs (très probablement ceux photographiés dans Bundesarchiv Bild 183-B10816) au camp de Drancy - août 1941.

À partir de 1942 et du tournant de l'Allemagne nazie vers la Solution finale, Drancy passe du statut de camp d'internement à celui de camp de transit, et constitue la dernière étape avant la déportation vers les camps d'extermination.

lors de la grande rafle du Vel d'hiv', commencée le 16 juillet 1942, la police française arrête près de 13 000 personnes. Les couples sans enfants et les célibataires sont amenés à Drancy.

Carte d’identité de Klaus barbie

Après leur arrestation par la Gestapo et Klaus Barbie en avril 1944, les enfants d'Izieu furent envoyés à Drancy avant d'être déportés et assassinés à Auschwitz.

Au total, de 1942 à 1944, une soixantaine de convois français de déportés juifs sont partis de Drancy, d'où son surnom d'antichambre de la mort. En période de pointe, le camp a connu le départ de deux ou trois convois par semaine.

Jusqu'au 17 août 1944, le camp fonctionne comme lieu principal de rassemblement et de déportation.

Le lendemain, 18 août 1944, 1 467 prisonniers sont libérés après l'arrivée du consul de Suède Raoul Nordling et de membres de la Croix-Rouge. Le souvenir de cette date est maintenu notamment au travers de plusieurs noms de voies et places en France.

Sur 76 000 hommes, femmes et enfants juifs déportés de France, 67 000 le furent à partir de Drancy. Moins de 2 000 des déportés de Drancy sont revenus, soit à peine 3 %.

ADMINISTRATION DU CAMP

Photo d’internés juifs du camp de Drancy

Le 27 août 1941, à l'issue d'une réunion entre représentants des autorités d'occupation Theodor Dannecker  et des autorités françaises, le camp est placé sous la responsabilité du préfet de police. Ce dernier a sous ses ordres la gendarmerie et les services du ravitaillement de la préfecture de la Seine. Le chef de camp est un commissaire de police. En réalité, le camp est sous l'autorité directe des Allemands qui prononcent les internements et les libérations, et règlent par des instructions précises son régime intérieur, indique en mai 1942 une note de l'inspecteur général de la Santé et de l'Assistance Eugène Aujaleu.

Pendant ses trois années d'existence, le camp de Drancy a été sous les directions successives de Theodor Dannecker jusqu'en juillet 1942, Heinz Röthke jusqu'en juin 1943 et Alois Brunner à partir de juillet 1943. Tous trois étaient des SS.

Theodor Dannecker était un psychopathe violent. C'est lui qui avait ordonné d'affamer les internés, de leur interdire de circuler dans le camp, de fumer, de jouer aux cartes, etc., indique Maurice Rajsfus dans son livre sur Drancy. Heinz Röthke (ou Roethke parfois en graphie française) a été moins présent dans le camp, mais c'est sous sa direction, d'août 1942 à juin 1943, que près des deux tiers de l'effectif total déporté du camp, environ 40 000 Juifs, sont envoyés à Auschwitz. Le troisième chef du camp a été Alois Brunner, formé par Adolf Eichmann au Bureau central de l'émigration juive à Vienne. Abraham Drucker qui a été interné à Drancy durant une très longue période dit de lui : Ce Brunner était chargé de la répression contre les Juifs en France, et aurait acquis une certaine notoriété par ses méthodes machiavéliques et brutales en Europe Centrale (Salonique  Autriche).

Le camp de Drancy était gardé par des gendarmes français, installés dans les gratte-ciels  derrière le bâtiment en (U) où étaient internés les prisonniers. Son fonctionnement était sous le contrôle du Service des affaires juives de la Gestapo.

ORGANISATION ET LOGISTIQUE

Les 42 convois de déportation de Drancy partis du 27 mars 1942 au 23 juin 1943 sont partis de la gare du Bourget-Drancy (réseau Nord). Les 21 convois de déportation de Drancy partis du 18 juillet 1943 au 17 août 1944 sont partis de la gare de Bobigny (Grande Ceinture). Selon le décompte de Serge Klarsfeld et des FFDJF (Fils et filles des déportés juifs de France), 40 450 déportés sont partis de la gare du Bourget-Drancy et 22 450 de la gare de Bobigny.

58 de ces convois sont partis vers Auschwitz-Birkenau, deux vers Majdanek, deux pour Sobibor et un pour Kaunas et Tallinn. 47 convois transportaient mille personnes, 9 plus de mille (dont 3 transportant 1 500 personnes) et 7 moins de mille, dont le dernier. Ce dernier convoi, le 17 août 1944, une semaine avant la libération de Paris, permit à Alois Brunner et ses SS de fuir, en emmenant avec eux 51 déportés, dont Marcel Bloch, futur Marcel Dassault.

Jusqu'en juillet 1943, ces convois étaient escortés de militaires allemands et de gendarmes français. Par la suite, des policiers sont venus spécialement d'Allemagne.

Le camp de Drancy comprenait plusieurs annexes parisiennes :

Le camp Austerlitz, au 43 quai de la Gare, près de l'actuelle Bibliothèque nationale de France, ouvert en novembre 1943, faisait travailler 400 Juifs conjoints d'aryens  ou demi-Juifs, c'est-à-dire Juif par une seule branche de la famille (la mère ou le père) ;

Le camp Lévitan, dans le magasin de ce nom, près de la gare de l'Est, était un centre de tri de bagages employant 200 internés ;

Le camp Bassano, près des Champs-Élysées (2 rue de Bassano), transformé en un atelier de coutures de vêtements haut-de-gamme et de tenues de gradés SS.

Maurice Rajsfus, auteur de l'ouvrage Drancy un camp de concentration très ordinaire, y ajoute : le local UGIF ;

Les deux hospices de la rue de Picpus et de la rue Lamblardie ; l'hôpital Rothschild fut un lieu d'internement provisoire où on envoyait les malades du camp de Drancy.

APRÈS LA GUERRE

Le camp est utilisé pour l'épuration. Sacha Guitry et Mary Marquet, accusés de collaboration, y séjournent et décrivent dans leurs livres leurs conditions de vie. D'autres prisonniers célèbres du monde des arts et des lettres et de la politique y furent incarcérés.

Les bâtiments deviennent ensuite des habitations bon marché, revenant à leur destination initiale. Ils sont aujourd'hui toujours un grand ensemble d'habitation.

PROCÈS DE GENDARMES

À la Libération, des rescapés de Drancy portent plainte contre les gendarmes complices des nazis. Une instruction pour intelligence avec l'ennemi est ouverte contre 15 gendarmes, dont 10 sont renvoyés devant la Cour de justice de la Seine, inculpés d'atteinte à la sûreté extérieure de l'État. Tous sont laissés en liberté avant le procès, et trois prennent la fuite. Les sept autres plaident l'obéissance aux ordres reçus, malgré de nombreux témoignages de brutalité par des rescapés.

Le 22 mars 1947, la Cour de justice rend son arrêt : si tous les gendarmes sont reconnus coupables d'actes de nature à nuire à la Défense nationale, la Cour considère cependant qu'ils se sont réhabilités par des actes de participation active, efficace et soutenue à la Résistance contre l'ennemi. Seuls deux sont condamnés à de la prison ferme deux ans et à la dégradation nationale pour cinq ans. Ils sont graciés et relevés de l'indignité nationale au bout d'un an.

LIEU DE MÉMOIRE

Le Wagon-Témoin de Drancy

En 1976 : après un concours international, un Mémorial est construit à Drancy par Shelomo Selinger, à côté du Wagon-Témoin, en bordure du quartier de la Muette. Il se compose de trois blocs sur une petite butte pavée, formant la lettre hébraïque  Shin, traditionnellement gravée sur la Mezouzah à la porte des maisons juives. Les deux blocs latéraux représentent les portails de la mort. Shelomo Selinger décrit ainsi son œuvre : Le bloc central est composé de dix personnages, ce nombre étant nécessaire pour la prière collective (Minyan). Deux lettres hébraïques Lamed et Vav sont formées par la coiffe, le bras et la barbe des deux personnages, en haut de la sculpture. Ces deux lettres ont la valeur numérique 36, selon le nombre de Justes grâce auxquels le monde subsiste (selon la tradition juive).

1989 : création de l'association du Conservatoire historique du camp de Drancy.

25 mai 2001 : un arrêté de classement architectural de la cité de la Muette sur la liste des monuments et des sites protégés est signé par Catherine Tasca, ministre de la Culture. Ce classement est étendu au tunnel des déportés s'étendant sous l'ancien camp d'internement par arrêté du 6 mai 2002.

Serge Klarsfeld le soulignait en 2004 : Drancy est le lieu le plus connu dans le monde entier de la mémoire de la Shoah en France : dans la crypte de Yad Vashem (Jérusalem) où sont gravés dans la pierre les lieux les plus notoires de concentration et d'extermination des Juifs, Drancy est le seul lieu de mémoire français à figurer.

Le 11 avril 2009, le Wagon-Témoin et le Mémorial sont peints de svastikas. Cette action est condamnée par Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur.

Pour compléter le Mémorial de la Shoah de la rue Geoffroy l’Asnier à Paris, il a été fait appel aux architectes suisses Diener & Diener pour concevoir un nouveau lieu d’histoire et d’éducation présentant le passé du camp d’internement. Celui-ci a été inauguré le 21 septembre 2012, par M. François Hollande, président de la République française.


12/04/2013
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1939 STUTTHOF 1945

1939 STUTTHOF1945

 CAMP DE CONCENTRATION

 

Le Stutthof est le premier camp de concentration établi en dehors du territoire allemand. Sa construction commença dès août 1939 sur le territoire de la ville libre de Gdansk (Dantzig), à 34 km de cette ville, sur un terrain entouré par les eaux de la Vistule et de la mer Baltique. Terminé le 2 septembre 1939, il était situé dans un endroit retiré, humide et boisé, à l'ouest de la petite ville de Sztutowo (allemand : Stutthof). Ce camp fut le dernier libéré par les Alliés, le 9 mai 1945. Plus de 85 000 personnesy périrent sur les 110 000 qui y furent déportées.

Entrée du camp de Stutthof.

Les autorités nazies de la Ville libre de Dantzig avaient commencé à rassembler des données sur les Juifs et l'intelligentsia polonaise dès 1936, ainsi qu'à passer en revue les emplacements possibles pour des camps de concentration dans la région. À l'origine, le Stutthoff était un camp d'internement civil sous l'autorité du chef de la police de Dantzig. En novembre 1941, il devint un camp d'éducation par le travail administré par la Police de Sécurité allemande. Finalement, en janvier 1942, le Stutthoff devint un camp de concentration ordinaire. Il évoluera vers un camp d'extermination.

D'après un document établi le 2 septembre 1942 par le contrôleur financier du camp de Stutthof, ce KZ aurait été créé dès août 1939, c'est-à-dire dès l'occupation de Dantzig par le Reich et avant le début de la guerre contre la Pologne (en même temps que sept autres camps d'internement nécessaires pour incarcérer les éléments polonais suspects.

Ouverture des fours crématoires

ANCIEN CAMP

L'ancien camp est bâti sur le même modèle que les autres KZ. Il forme un quadrilatère de 900 mètres de large sur 1 kilomètre de long. Bientôt sa superficie dépassera 120 hectares. En janvier 1945, il comprendra trois parties : l'ancien camp, le nouveau camp et un troisième camp dit camp spécial .Une ligne de chemin de fer à voie étroite dessert les différentes parties du KZ. L'album personnel de photographies de l'ancien commandant du camp permet de suivre les phases de cette extension. Au début de 1945, l'ancien camp  comprend une zone entourée de fils de fer barbelés renfermant les blocks en bois, le revier (infirmerie) et des ateliers pour maçons et charpentiers. À l'extérieur sont situés les bâtiments administratifs, le bunker et le bureau du commandant. À l'est ont été construits un vaste crématorium à plusieurs fours et une chambre à gaz, ainsi que des garages et des entrepôts. Au nord sont cultivés des jardins et des potagers.

Le camp comprenait huit baraques pour les prisonniers et une kommandantur pour les gardiens SS, totalisant 120 000 m2. En 1943, le camp fut agrandi et un nouveau camp construit le long de l'ancien. Il fut aussi entouré par une clôture de fil de fer barbelé électrifié. Il comprenait alors trente nouvelles baraques, portant la surface totale à 1 2 km2.

Un four crématoire et une chambre à gaz furent ajoutés en 1943, juste à temps pour démarrer les exécutions de masse quand le Stutthof fut inclus dans la Solution finale en juin 1944. Des wagons à gaz mobiles furent aussi utilisés pour compléter la capacité maximum des chambres à gaz (150 personnes par exécution) en cas de besoin.

NOUVEAU CAMP

Le nouveau camp est situé au-delà des jardins. Beaucoup plus vaste, il est entièrement entouré de barbelés électrifiés. Il comporte 40 blocks de même dimension : 10 pour les ateliers (dans l'ordre d'importance, les selliers, les cordonniers, les tailleurs, les armuriers), 20 pour le logement des détenus, 10 pour les prisonnières juives - ces 10 blocks sont entourés d'une nouvelle barrière de barbelés électrifiés, qui en font un camp dans le camp). Le camp spécial est, lui, complètement clos par un mur, surmonté également de barbelés électrifiés. Il comprend 3 blocks, isolés entre eux, où sont logés des déportés.

Plus loin se trouvent des bâtiments administratifs, techniques et commerciaux, ainsi qu'une usine fabriquant des pièces détachées pour les avions Focke-Wulf. Un nouveau mur d'enceinte, entouré de barbelés électrifiés, entoure l'ensemble du KZ. Il est surmonté de place en place par des miradors dotés de mitrailleuses. À l'extérieur du KZ, des constructions plus récentes abritent les spécialistes et employés civils, ainsi que l'école de la police ukrainienne. La garnison est logée dans des baraquements situés à 1 kilomètre à l'ouest ; elle compte plus de 500 SS.

POPULATION CARCÉRALE D’ORIGINE

Le camp reçoit d'abord 150 Polonais arrêtés à Dantzig par les nazis qui entreprennent, à l'automne 1939, la construction d'un camp modeste destiné à des Polonais non juifs mais antinazis. En fait, il reçoit rapidement quelques Allemands opposés au régime et, le 2 septembre 1939, un convoi de 250 prisonniers de guerre polonais. Au printemps 1941, le KZ ne contient, en dehors d'eux, qu'une cinquantaine de détenus allemands et juifs. Mais il va bientôt devoir s'agrandir pour être en mesure d'accueillir un flot continu de nouveaux déportés.

PERSONNEL DU CAMP

Les commandants du camp ont été :

SS-Hauptsturmführer Max Pauly (2 septembre 1939 – 31 août 1942)

SS-Sturmbannführer Paul Werner Hoppe (septembre 1942 – mai 1945)

SS Oberscharführer Johann Pauls (?)

 

Dans l'ordre de leur suspension aux potences, de gauche vers le centre :

Jenny-Wanda Barkmann, Aufsehrinen SS (première à être exécutée),

Ewa Paradies, Aufsehrinen SS (dernière à être exécutée),

Elisabeth Becker, Aufsehrinen SS,

Wanda Klaff, Aufsehrinen SS,

Gerda Steinhoff, Oberaufsehrinen SS (potence centrale, à droite du commandant

Johann Pauls, commandant SS du camp.

Le personnel du camp était composé de gardiens SS et, après 1943, d'auxiliaires ukrainiens. En 1942, les premières femmes prisonnières et les femmes gardiens SS arrivèrent au Stutthof, dont l'Aufseherin Herta Bothe. Un total de 130 femmes servait dans le complexe des camps du Stutthof. Trente-quatre gardiennes, dont Gerda Steinhoff, Rosy Suess, Ewa Paradies et Jenny-Wanda Barkmann, ont été identifiées plus tard comme ayant commis des crimes contre l'humanité au Stutthof. En juin 1944, les SS du Stutthof commencèrent à recruter des femmes de Dantzig et des villes environnantes pour les former comme gardiennes, à cause d'une pénurie de gardiens. En 1944 un sous-camp de femmes du Stutthof appelé Bromberg-Ouest (Konzentrationslager Bromberg-Ost) fut installé dans la ville de Bydgoszcz.

Plusieurs volontaires Waffen-SS norvégiens travaillèrent comme gardiens ou comme instructeurs pour les prisonniers venant de pays nordiques, selon des chercheurs du Centre d’Études de l'Holocauste et des Minorités Religieuses[

ÉVOLUTION DE LA POPULATION DE DÉTENUS

Intérieur de la chambre à gaz.

Les premières personnes emprisonnées le 2 septembre 1939 furent 150 citoyens polonais arrêtés dans les rues de Dantzig juste après le début de la guerre. La population carcérale atteindra 6 000 personnes dans les deux semaines suivantes, le 15 septembre 1939.

Le 1er octobre 1940 le Stutthoff devient un camp principal subordonné au SS-Oberabschnitt Weichsel. Après la visite de Heinrich Himmler le 23 novembre 1941, il est intégré dans le plan d'extermination et élargi à 120 ha. En septembre 1942 un crématoire est construit, puis une chambre à gaz en 1943. Au début de 1944 les détenus seront gazés à l'aide de Zyklon B.

Des dizaines de milliers de personnes, peut-être plus de 110 000, furent déportés au camp de Stutthof. Les prisonniers étaient principalement des polonais non-juifs. Il y avait aussi des juifs polonais de Varsovie et Białystok ainsi que des juifs venant de camps de travaux forcés des États baltes occupés, que les Allemands avaient évacués lors de l'approche de l'Armée rouge en 1944. Ces totaux sont donnés à titre conservatoire : on pense que les détenus envoyés immédiatement à l'exécution n'étaient pas enregistrés. Un certain nombre d'Allemands y furent aussi envoyés ; ils étaient connus comme formant  l'aristocratie du camp. Un groupe important de criminels allemands se vit confier des positions de kapos et terrorisaient les autres détenus. D'autres Allemands, dont un couple de sociaux-démocrates et plus tard des membres de factions militaires qui avaient tenté de renverser Hitler y furent détenus. En 1945 les autorités du camp notaient que 35 % des détenus étaient Polonais, 8 % Russes et 7 % Allemands (quelques-uns étaient Polonais et refusaient d'accepter l'assimilation allemande forcée (Volksliste).

Bâtiment du crématoire

CONDITIONS D’EXISTENCE

Les conditions d'existence étaient rudes pour les détenus. Beaucoup d'entre eux sont morts du fait des épidémies de typhus qui ont balayé le camp pendant les hivers de 1942 et 1944. Ceux que les gardiens SS jugeaient trop faibles ou trop malades pour travailler étaient envoyés à la chambre à gaz. Le passage au Zyklon B commença en juin 1944.

Les médecins du camp tuèrent aussi des prisonniers malades ou blessés dans l'infirmerie avec des injections mortelles. Plus de 85 000 personnes moururent dans le camp.

Les Allemands utilisaient les prisonniers comme travailleurs forcés. Quelques prisonniers travaillèrent dans des entreprises propriétés de la SS comme la Deutsche Ausrüstungswerke (DAW), localisée près du camp. D'autres travaillaient dans des briqueteries, dans l'industrie privée, en agriculture ou dans les ateliers du camp en 1944. Comme main d'œuvre de travail forcé, les prisonniers des camps devinrent extrêmement importants pour les industries de production d'armements : une usine d'avions Focke-Wulf fut construite à Stutthof. Graduellement, le système de camps du Stutthof devint un grand réseau de camps de travail ; 105 sous-camps (satellites) du Stutthof furent établis à travers la Pologne du nord et du centre. Les plus importants sous-camps étaient Thorn et Elbing.

L'ancien détenu du Stutthoff et écrivain lituanien Balys Sruoga est l'auteur d'une nouvelle, Dievų miškas (The Forest of Gods, la forêt des Dieux), qui décrit la vie quotidienne de ce camp.

PRODUCTION DE SAVON À PARTIR DE CORPS

Le site Jewish Gen. Stutthof campdéclare au sujet de cette production : Un des pires crimes commis par les nazis eut lieu au camp de Stutthof ». La dénomination de R.J.F. (Reines jüdisches Fett) serait une insulte grave !

Le camp de Stutthof fut choisi comme une source possible de restes humains que le Dr Rudolf Spanner utilisa pour fabriquer une quantité limitée de savon à base de graisse humaine.

Il existe des preuves qu'une production à petite échelle de savon à base de graisse humaine a été menée dans le camp de concentration du Stutthof.

Dans son livre Russia at War 1941 to 1945, Alexander Werth rapporte qu'en visitant Gdańsk/Dantzig en 1945, peu après sa libération par l'Armée rouge, il vit une usine expérimentale à l'extérieur de la ville destinée à fabrique du savon à partir de corps humains. Selon Werth, elle était dirigée par un professeur allemand appelé Spanner et était une vision de cauchemar, avec ses bacs pleins de têtes humaines et de torses baignant dans des liquides, et ses bacs pleins d'une substance molle - savon humain.

 

ÉVACUATION DU CAMP

Préparée à partir du mois d'octobre 1944, l'évacuation du camp est soigneusement organisée : responsables, itinéraires, consignes. Cependant la libération des pays baltes entraine l'arrivée des déportés des camps de concentrations qui s'y trouvent entre la fin de l'été et l'automne 1944. Cet afflux de déportés, pour certains inaptes, dans un contexte de préparation d'évacuation pousse les responsables du camp à mettre en place une chambre à gaz dans un wagon désaffecté, pour éliminer rapidement les détenus les plus faibles.

Au début de l'année 1945, Katzmann, responsable SS du Gau de Dantzig, multiplie les consignes en vue de l'évacuation, non seulement du camp, mais aussi de la région. Dans le contexte de fuite éperdue des populations vers l'Ouest, l'évacuation, préparée de longue date, se déroule de manière ordonnée, à partir du 25 janvier. Les prisonniers inaptes sont exécutés le long des routes. Dans les camps satellites, les détenus connaissent des sorts variables en fonction de proximités des troupes soviétiques : ainsi, les gardiens d'une colonne de déportés, multiplient les détours pour éviter les troupes soviétiques qui investissent la Poméranie, et semblent plus préoccupés de leur avenir que de celui des détenus.

LIBÉRATION

L'Armée rouge a libéré le camp et quelques centaines de prisonniers le 9 mai 1945. Ces derniers s'étaient cachés pour éviter l'évacuation finale. Ils seront de précieux témoins pour les procès à venir.

LES PROCÈS DU STUTTHOF

Le camp en 2000

Les Procès de Nuremberg ne concernaient pas le personnel du camp de concentration du Stutthof. Cependant, les Polonais tinrent quatre procès à Gdańsk contre les gardiens et Kapos de camp de concentration du Stutthof, les accusant de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Le premier procès fut tenu contre 13 ex-officiers et kapos du camp. Il se déroula du 25 avril au 31 mai 1946. La Cour de justice criminelle spéciale Sovieto/Polonaise les reconnut tous coupables des accusations. Onze d'entre eux (cinq hommes et 5 gardiennes), dont le commandant Johann Pauls, furent condamnés à mort. Les autres furent condamnés à des peines diverses d'emprisonnement. Les exécutions eurent lieu par pendaison publique.

Voici les sentences prononcées lors de ce premier procès. Condamnés à mort, tous exécutés le 4 juillet 1946 :

Le second procès s'ouvrit le 8 janvier 1947 et dura jusqu'au 31 janvier 1947, devant une Cour criminelle spéciale polonaise. 24 ex-officiers et gardes du Stutthof y furent jugés et reconnus coupables. Dix furent condamnés à mort.

Le troisième procès se déroula du 5 au 10 novembre 1947, devant une Cour Spéciale criminelle polonaise. 20 ex-officiers et gardiens y comparurent, dont 19 furent reconnus coupables. Un fut acquitté.

Le quatrième et dernier procès se déroula également devant une Cour de Justice criminelle spéciale polonaise, du 19 au 29 novembre 1947. Sur les 27 ex-officiers et gardiens jugés, 26 furent reconnus coupables et un fut acquitté.


12/04/2013
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