1941 BELZEC 1943
BELZEC EST LE CAMP OU L’EXTERMINATION A ÉTÉ LA PLUS INTENSIVE.
Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee met au point la solution finale de la question juive. C’est la décision d’exterminer les juifs se trouvant sur l’ensemble des territoires contrôlés par les nazis. C’est le génocide. Il est planifié sous le non d’opération Reinhard, et c’est le général de brigade SS Globocnik qui en est chargé pour le Gouvernement général, c’est-à-dire pour la partie non annexée de la Pologne. Il fait construire les trois camps d’extermination de Belzec au sud (destiné aux juifs de Lvov et de la Galicie orientale ainsi que de Cracovie et de la Galicie occidentale,) Sobibor au centre (pour les juifs du district de Lublin) et Treblinka au nord (pour les juifs de Varsovie et du district de Radom).
Ces trois camps ne sont pas rattachés au système des camps de concentration. En effet, leur seule mission est l’extermination immédiate des juifs du Gouvernement général (Le Gouvernement général, d’une superficie de 150 000 kilomètres carrés compte 20 millions d’habitants.) (Et par la suite, des juifs venant des pays européens occupés par la Wehrmacht).
Les massacres commencent en mars 1942 à Belzec, en mai 1942 à Sobibor et en juillet 1942 à Treblinka. D’autres massacres massifs sont effectués en même temps à Chelmno et à Maïdanek.
INSTALLATION DE BELZEC
Stanislaw Kozak:
Belzec est le premier camp d’extermination sous autorité du général SS Globocnik, il va servir de ce prototype pour les autres camps. Le site sera toujours choisi dans un lieu isolé (loin des regards indiscrets) et proche d’une voie ferrée pour faciliter l’arrivée des convois. Belzec est une petite Ville de la Voïévodie (district) de Lublin, à mi-distance de Lvov au sud-est et de Lublin au nord-ouest. Le sol, composé de dunes sablonneuses, est pauvre et porte des forêts de pins. Situé à 320 kilomètres de la gare, le camp est rectangulaire, de dimmensions modestes: 275 m de long sur 263 m de large.
En octobre 1941 arrivèrent à Belzec trois SS, qui exigèrent de la municipalité vingt hommes pour les travaux. La municipalité désigna à cette effet vingts habitants de la commune, dont je fut. Les Allemands choisirent le terrain, qui se trouvait au sud-ouest de la gare et longeait une contre-voie elle-même proche de la voie ferrée allant à Lvov. Nous avons commencé les travaux le 1er novembre, par la construction des baraquements du secteur voisin de la contre-voie, L’un d’entre eux, au voisinage immédiat de la voie, avait 50 mètres de long sur 12,50 mètres de large.
C’était une salle d’attente pour les juifs qui devaient travailler dans le camp. Le deuxième, de 25 mètres de long sur 12,50 mètres de large, était destiné aux juifs qui devaient prendre un bain.
Une partie du personnels des gardiens du camp de Belzec
À côté de ces baraquements, nous en avons construit un troisième, de 12 mètres de long sur 8 mètres de large. Ce baraquement était divisé par des cloisons de bois en trois compartiments, chacun large de 4 mètres et long de 8, sur une hauteur de 2 mètres. Sur les murs de ces baraquements, nous avons cloué une cloison intérieur et rempli de sable l’intervalle. À l’intérieur, les parois étaient revêtues de carton bitumé; le sol et les cloisons jusqu’à 1, 10 mètres de haut étaient recouvert de tôle de zinc. Entre le premier et le deuxième baraquement courait une allée de 3 mètres de large, fermée sur les côtés par des fils barbelés sur une hauteur de 3 mètres Une partie de la clôture était composé de pins et de sapins, pour dissimuler la contre-voie. Du deuxième baraquement, un couloir couvert, de 2 mètres de large sur 2 mètres de haut et 10 mètres de long, conduisait au troisième. Par lui, on pénétait dans le corridor de ce troisième baraquements, sur lesquels s’ouvraient trois portes correspondant à trois compartiments. Chacun de ceux-ci avait de plus, sur le côté nord, une porte de 1, 80 mètres de haut sur 1,10 mètres de large.Toutes ces portes, ainsi que celles ouvrant sur corridor comportaient une forte garniture en caoutchouc. Les Allemands nous ont libérés du travail le 22 décembre.
L’ÉQUIPEMENT DU CAMP
L’équipement du camp n’a rien à voir avec celui des camps de concentration déjà présentés. En effet, les Blocks sont inutiles, puisque qu’il n’y a pas de déportés à y loger.
Pratiquement, le camp est divisé en deux parties. La première partie, destinée à l’accueil et à l’administration, comprend: une rampe de voie ferrée pouvant contenir vingt wagons en moyenne, un baraquement de déshabillage des arrivants et un autre servant d’entrepôt pour les vêtements et les bagages. La seconde partie, destinée à l’extermination, comprend : les chambres à gaz et les fosses communes, ainsi que deux baquements plus petit abritant la cuisine et le logement des détenus juifs employés pour transporter, enterrer et brûler les corps. Un voie ferrée de 500 mètres de long, venant de la gare de Belzec, pénètre dans le camp par le portail nord et se prolonge tout le long de la voie.
Cinq miradors permettent la surveillance: un dans chaque angle et un au milieu du camp. Le camp est entouré de barbelés et des conifères dissimulent chaque chambre à gaz et fosses.
Une unité ukrainienne (les noirs) (c’est noirs sont des prisonniers de guerre russes ayant accepté de travailler pour les Allemands et dont l’uniforme est noir.) de 60 à 80 hommes assurent la garde du camp, les patrouilles, les corvées, ect.
L'EXTERMINATION
C’est Christian Wirth qui est nommé commandant du camp en décembre 1941, avec Josef Oberhauser comme adjoint. Wirth a déjà acquis une expérience dans le domaine de l’extermination de victimes sans défense puisqu’il a appliqué le programme d’euthanasie. À Belzec, il renonce au Ziklon B et choisit le gaz d’échappement des moteurs Diesel, le monoxyde de carbone.
L’activité du camp va connaître trois périodes successives. Le SS Karl Alfred Schluch décrit l’arrivée d’un convoi et le processus d’extermination.
Déportés tziganes devant la clôture du camp de Bełżec
De la mi-mars à la fin mi-juin 1942
C’est la première phase; l’extermination de masse. Fin février 1942, des éssais sont effectués sur deux ou trois convois juifs. Wirth utilise des bouteilles de monoxyde de carbone, puis les gaz d’un char de combat de 250 ch, un tuyau conduit le gaz dans la chambre à gaz, les résultats étant jugés satisfaisantes, elle sera retenue à Belzec. Wirth fait aménager le boyau, chemin entouré des deux côtés par des barbelés conduisant de la chambre de déshabillage à la chambre à gaz, touts est prêt pour le massacre à la chaîne. Le SS Karl Alfred Schluch, lui aussi ancien de l’opération Euthanasie reste 16 mois à Belzec.
De juillet à novembre 1942
C’est la seconde phase; Celle de l’extermination accéléré. Himmler donne l’ordre de tuer avant la fin de l’année tous les juifs du Gouvernement général. Des responsables de l’opération Reinhard décident donc d’accroître les capacités d’exterminations dans les trois camps. Wirth fait construire un bâtiment en dur de 80 m de long sur 19m de large, comprenant six chambres à gaz. Tout est prêt au millieu de juillet.
Vestiges d'un bûcher de Bełżec
Décembre 1942 à mars 1943
C’est la troisième phase; À l’automne 1942, les responsibles de l’opération Reinhard décident de faire disparaître les traces des exterminations massives. Il faut donc exumer les milliers de cadavres gisant dans de gigantesques fosses communes afin de les brûlers. Al la fin de 1942, la population juives du Gouvernement général a été détruite dans sa quasi- totalité. Il n’est donc plus utile de conserver les trois camps d’extermination de Belzec, Sobibor et Treblinka. Auschwitz-Birkenau augmente alors sa capacité pour recevoir les convois juifs provenant de tous les pays occupé par la Wehrmacht. Belzec est le premier des trois camps d’extermination à s’arrêter au début de décembre 1942. Jusqu’en mars 1943, le camp continue à fonctionner pour la destruction par le feu des cadaves des fosses. Cette opération terminée, les chambres à gaz et les autres installations de Belzec sont détruite. Les terrains sont labourés. Des arbres sont plantés. Des fermes sont même installées d’où s’établissent des ukrainiens (noirs). Les traces du massacre sont ainsi effacées du paysage. Fin août, Globocnik devient chef de la police et des SS, en Istris où il est accompagné de Wirth et de la plus grande partie du personnel des camps d’exterminations. Le 4 novembre 1943, il adresse à Himmler le message suivant: J’ai terminé le 19 octobre 1943 l’opération Reinhard que j’avais menée dans le Gouvernement général et j’ai dissous les camps.
Témoignage SS Alfred Schluch
Le déchargement des wagons étaient effectué par une corvée de travailleurs juives, sous la direction d’un kapo. Deux ou trois membres du personnels allemands surveillaient les opérations. Les juifs qui pouvaient marcher devaient se rendre au lieu de rassemblement. Les juifs qui ne pouvaient marcher étaient transportés directement vers les fosses où ils étaient exécutés sur-le-champs par armes à feu et jetés dans la fosse. On leur disait qu’ils allaient être déplacés et qu’ils devaient auparavant être baignés et désinfectés. C’était Wirth mais aussi son interprète, un kapo juif, qui tenait ces propos. Puis on conduisait les juifs jusqu’aux barraquements du déshabillage. Dans l’un se déshabillait les hommes, dans l’autre les femmes et les enfants. Après le déshabillage, les hommes d’une part, les femmes et les enfants d’autre part passaient par le boyau.
Le Sonderkommando de Belzec. Remarquez le garde à l' arrière-plan qui sourit pour la photo
Témoignage SS Heinrich Gley
C’est alors que commença l’exhumation et la crémation des cadavres. Cela doit avoir durer de novembre 1942 à mars 1943. Les crémations avaient lieu continuellement de jour comme de nuit, tout d’abord en un, puis en deux foyers. On pouvait brûler 2000 cadavres en vingt-quatre heures dans un seul foyer. Quatre semaines après le début des opérations de crémation, on construisit un deuxième foyer. Dans l’un, en cinq mois, on brûla environ 300 000 cadavres, et dans l’autre, en quatre mois, 240 000. Il s’agit bien sur d’évaluation approximatif. Le chiffre total de 500 000 cadavres devrait être exact. Ces crémations de cadavres exumés était une opération tellement affreuse du point de vue de l’esprit, de la vue, de l’odorat que les hommes habitués à vivre aujourd’hui dans les conditions de vies civilisées ne peuvent immaginer toute l’horreur.
Les victimes
Une femme peu avant son exécution à Belzec. Le soldat sur la gauche est un garde SS, les soldats du fond sont des gardes ukrainiens. Photo trouvée sur un SS fait prisonnier.
Il est impossible d’établir avec précision le nombre de victimes, compte tenu du soin que les nazis ont mis à faire disparaître toute les traces. Mais des calculs ont été fait à partir du nombre moyen des convois arriver à Belzec. Il est ainsi établi que dans la première phase, de la mi-mars à la mi-juin 1942, ont été exterminés à Belzec du 17 mars au 14 avril 30 000 des 37 000 habitants du guetto de la Ville de Lublin et 18 000 à 20 000 habitants de la région de Lublin) dont 3000 de Zamosc, 3 400 de Piaski et 2 700 d’Izbica) le 25 mars 700 juifs arrivant de Zolkiew, fin mars 30 000 juifs du district de Lvov, fin mai 1 300 de la région de Zamosc, début juin plus de 100 000 juifs de la région de Cracovie. Au total, plus de 100 000 juifs ont été exterminés à Belzec entre la mi-mars et la mi-juin 1942.
Pendant la seconde phase, celle de l’extermination accélérée, les renseignements précis font défaut. D’après le nombre de convois arrivés à Belzec, la Commission générale d’enquête sur les crimes Allemands en Pologne, a estimé que 600 000 personnes ont été assassinées dans ce camp, immédiatement dès l’arrivée des convois.
Raul Hilberg, dont les travaux font autorité, indique que de mars 1942, plus de 550 000 personnes ont été exterminées à Belzec, en quelques mois. Il s’agit essentiellement d’hommes, de femmes et d’enfants juifs. Ont été exterminés à Belzec des juifs venant non seulement de Pologne mais aussi d’Autriche, de Tchécoslovaquie, de Roumanie, de Hongrie et d’Allemagne. Il ne semble pas y avoir eu des juifs arrêtés en France. Le camp de Belzec a été entièrement rasé par les nazis et une forêt de pins ont pris sa place. Le commandant Globocnik se suicidera en 1945.
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